Le vignoble bordelais entre dans une phase décisive. Derrière les chiffres et les procédures, il y a une question simple mais brûlante : que faire de ces parcelles nues qui restent après l’arrachage des vignes ? La réponse prend forme avec la Foncière d’Avenir de Gironde, un outil pensé pour redonner de l’air aux exploitations et ouvrir la porte à d’autres cultures.
Un outil foncier pour sortir du blocage
L’idée est née d’un constat dur. Une partie du vignoble traverse une crise profonde. Certains viticulteurs vendent des terres, d’autres stoppent leur activité, et beaucoup se retrouvent avec des parcelles sans usage. La Foncière doit acheter ces biens, les remettre en circulation et aider les domaines à se refinancer.
Ce n’est pas un simple plan technique. C’est aussi une manière de casser la sensation d’impasse qui pèse sur le territoire. Comme l’a résumé la préfète de Gironde, l’enjeu est de créer une dynamique pour que le désespoir ne gagne pas le vignoble et qu’il y ait un jour d’après.
La SAFER au centre du tri des parcelles
Le travail concret commence maintenant. La SAFER va étudier en priorité les dossiers les plus avancés. Cela concerne surtout les parcelles déjà nues ou en train de le devenir. Elles représentent environ 70 % des surfaces candidates, soit un volume considérable à analyser.
Au total, la Foncière doit examiner 430 dossiers, 6 500 parcelles et environ 4 400 hectares. C’est énorme. Et pourtant, tout ne pourra pas avancer au même rythme. Chaque terrain sera regardé avec attention. Potentiel agronomique, irrigation, taille, viabilité économique. Rien n’est laissé au hasard.
Des choix au cas par cas, loin des recettes toutes faites
Les responsables le disent clairement. Il n’y aura pas de solution miracle. Chaque parcelle devra trouver sa place selon ses qualités réelles et selon les besoins du territoire. Un terrain peut convenir à une culture maraîchère. Un autre peut accueillir de l’élevage ou une production plus spécialisée.
Cette approche prend du temps. Mais elle évite une erreur classique : vouloir imposer une activité partout, sans regarder ce que la terre peut vraiment donner. Ici, il s’agit d’un vrai travail de dentelle. Lent, précis, parfois frustrant. Mais nécessaire.
Le marché avant les envies
La grande idée derrière la Foncière est simple. Il ne suffit pas de trouver de la terre disponible. Il faut aussi trouver des débouchés solides. Sinon, la diversification reste un mot joli, mais vide.
La préfecture pousse donc à rapprocher les projets agricoles des industriels et de la grande distribution. Pourquoi ? Parce qu’un agriculteur ne peut pas prendre le risque de changer de métier sans être sûr de vendre sa production. Des besoins existent déjà. On parle de lait de brebis, de tomates, de volailles. Le problème n’est pas seulement la terre. C’est aussi l’organisation de la demande.
Attirer de nouveaux agriculteurs
Le défi humain est énorme. Beaucoup de candidats à la Foncière veulent quitter la viticulture. Certains partent à la retraite. D’autres arrêtent simplement parce qu’ils n’y arrivent plus. Dans ce contexte, il faut aussi faire venir de nouveaux profils.
Ce point est essentiel. La diversification ne marchera pas si elle repose uniquement sur des exploitants déjà épuisés par la crise. Il faut des porteurs de projets, des jeunes, des repreneurs, des agriculteurs venus d’autres horizons. Le territoire devra donc convaincre. Avec du foncier, oui. Mais aussi avec des perspectives réelles de revenus.
Une montée en puissance progressive
Les premières signatures sont attendues d’ici la fin de l’année. Ensuite, la Foncière commencera à constituer son stock de terres. Elle fonctionnera comme un cycle d’achat et de revente. L’objectif est de faire circuler le foncier plutôt que de le laisser dormir.
Au lancement, les volumes resteront modestes face à l’ampleur du choc viticole. Entre 2019 et 2027, jusqu’à 40 000 hectares pourraient être arrachés en Gironde. La Foncière ne résoudra pas tout. Mais elle peut amorcer quelque chose de très concret. Et dans une crise aussi profonde, un début compte déjà beaucoup.
Ce que cela change pour la Gironde
La force de ce dispositif, c’est qu’il essaye de relier plusieurs mondes qui se parlent trop peu souvent. Les propriétaires, les banques, l’État, la région, les chambres consulaires, les filières agricoles et les industriels. Chacun apporte une pièce du puzzle.
Le message est clair. La Gironde ne doit pas seulement perdre des vignes. Elle doit aussi inventer autre chose. Cela peut paraître brutal, presque douloureux. Mais c’est peut-être le seul moyen d’éviter que des hectares entiers restent à l’abandon. Et surtout, de donner une vraie suite à un territoire qui cherche encore son nouveau souffle.






