La météo bouscule les champs, les revenus chutent, et pourtant une idée simple redonne de l’air à la Ferme de l’Escure. À Vénéjan, Elora Chiousse a choisi de miser sur les fleurs coupées pour ne pas subir seule la crise du maraîchage. Et ce pari change déjà beaucoup de choses.
Quand le maraîchage ne suffit plus à faire vivre la ferme
Depuis trois ans, la situation devient plus difficile pour la production de légumes. Les saisons se décalent, les récoltes s’enchaînent mal, et les repères habituels disparaissent. Dans le Gard, Elora Chiousse le dit sans détour : la météo gâche la vie.
Un exemple parle vite. En août, les tomates ne sont déjà plus là. À la place, les potimarrons arrivent plus tôt que prévu. Pour une ferme, ce genre de décalage complique tout. Les ventes, l’organisation et les stocks ne suivent plus le rythme espéré.
À la Ferme de l’Escure, l’élevage de volailles et d’agneaux aide à tenir. Mais cela ne suffit pas à compenser la baisse du chiffre d’affaires liée aux légumes. Il fallait donc trouver une autre source de revenus, sans trahir l’esprit de la ferme.
Les fleurs, une idée simple et plus résistante
La réponse est venue presque naturellement. Elora Chiousse s’est lancée dans la production de fleurs françaises et de saison. Sur 2 000 m², elle cultive des variétés qui supportent mieux la chaleur locale et qui demandent moins d’intrants que certaines cultures plus fragiles.
Son choix n’a rien d’un hasard. La culture des fleurs ressemble à celle des légumes, avec moins de soucis liés aux ravageurs. Et surtout, certaines fleurs tiennent mieux quand le thermomètre grimpe. En plein été, cela compte énormément.
Dans ses champs, on trouve des zinnias multicolores, des roses d’Inde, des immortelles, des statices, et même des tournesols. Le résultat est simple, presque surprenant : malgré les fortes chaleurs, les parcelles restent pleines de vie et de couleurs.
Des fleurs à cueillir, vendre et sécher
La ferme ne se contente pas de produire. Elle propose aussi une expérience très concrète : la cueillette de fleurs le samedi matin, de 9 h à midi. Les zinnias sont vendus à 0,50 € la tige, et chacun vient avec son propre sécateur.
Cette idée plaît, parce qu’elle relie les gens au champ. On ne repart pas seulement avec un bouquet. On repart avec une histoire, un geste, un moment dehors. Les prochains rendez-vous sont fixés au 29 août, puis aux 12 et 26 septembre.
Comme la production estivale est très abondante, Elora Chiousse a aussi installé un atelier de séchage. Cela lui permet de vendre des bouquets de fleurs séchées, mais aussi des bouquets frais sur place ou sur les marchés. Elle coupe environ 400 tiges tous les deux jours. Autant dire que le rythme est soutenu.
Un travail encore en test, mais déjà prometteur
La floriculture, pour elle, reste une aventure récente. Elle a commencé l’an dernier, après une formation à distance suivie avec une floricultrice québécoise. Le climat n’est évidemment pas le même. Il a donc fallu observer, essayer, corriger, puis recommencer.
En un an, elle est passée de cinq variétés à une trentaine. C’est un vrai changement. Et ce n’est pas fini. À l’automne, elle prévoit de planter des renoncules et des anémones pour les récolter dès janvier. Ces fleurs aiment le froid. Elles devraient donc trouver leur place sous des serres non chauffées.
Elle travaille aussi sans aucun traitement. Là encore, le choix est fort. Cela demande plus d’attention au quotidien, mais cela s’inscrit dans une logique de production locale et durable. Rien d’automatique ici. Tout repose sur l’observation et la patience.
Pourquoi acheter des fleurs françaises change vraiment quelque chose
Le sujet dépasse largement un simple bouquet. En France, il ne reste qu’environ 500 fermes florales, contre 8 000 dans les années 80. Et huit fleurs coupées sur dix viennent de l’étranger, souvent des Pays-Bas ou du Kenya. Ce chiffre surprend toujours un peu.
Le problème n’est pas seulement économique. Il est aussi écologique. Les fleurs importées voyagent longtemps, passent par des frigos, et sont souvent cultivées avec beaucoup de pesticides. À l’arrivée, elles tiennent parfois moins longtemps chez vous qu’on ne l’imagine.
Elora Chiousse veut donc sensibiliser les consommateurs. Acheter des fleurs françaises, c’est soutenir une agriculture plus proche, plus lisible, et souvent plus fraîche. C’est aussi donner une chance à des fermes qui cherchent à survivre autrement.
Une ferme qui regarde déjà plus loin
La Ferme de l’Escure ne s’arrête pas là. Elora Chiousse travaille avec un fleuriste bagnolais, Vert’Tige, qui met en avant cette provenance locale. C’est une manière de créer un cercle vertueux. Le producteur, le fleuriste et le client avancent dans la même direction.
Et l’avenir semble déjà se dessiner. Dès l’an prochain, la floricultrice prévoit de doubler la surface consacrée aux fleurs. Si cela fonctionne, la ferme aura trouvé un nouvel équilibre. Pas parfait, mais plus solide.
Dans un contexte où la météo dérègle tout, ce type d’initiative compte énormément. Elle montre qu’une ferme peut s’adapter sans renoncer à ses valeurs. Et parfois, une parcelle de zinnias vaut presque autant qu’un long discours.










