Cultiver sans pesticides est possible : dans la Somme, ces scientifiques sèment des alternatives

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Dans la Somme, des champs prouvent qu’il est possible de cultiver autrement. Pas avec une recette miracle. Pas sans effort non plus. Mais avec des idées très concrètes qui changent déjà la donne.

Ce qui surprend, c’est que ces parcelles ne ressemblent pas à un décor de laboratoire. Elles ressemblent à de vrais champs, avec du vent, de la poussière, des rangées de betteraves et des machines en action. La différence, c’est qu’ici, aucun pesticide n’est utilisé.

Dans la Somme, un champ teste une autre voie

À Estrées-Mons, en plein cœur des plaines de Picardie, des scientifiques de l’Inrae mènent depuis 2012 une expérience ambitieuse. Leur objectif est simple à dire, mais difficile à réussir : produire sans herbicides ni autres produits phytosanitaires, tout en gardant des rendements solides.

Le résultat étonne. Après dix ans d’essais, les chercheurs ont montré qu’il est possible d’obtenir des récoltes comparables aux systèmes conventionnels. Dans certains cas, les revenus peuvent même être plus élevés. Cela ne veut pas dire que tout devient facile. Cela veut dire que d’autres chemins existent.

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Comment remplacer les pesticides sans tout perdre

La réponse n’est pas une seule technique. C’est un ensemble de leviers. Et c’est là que l’expérience devient intéressante. Les scientifiques ne comptent pas sur un seul outil. Ils combinent plusieurs méthodes pour gêner les adventices, les ravageurs et les maladies.

Par exemple, ils allongent les rotations. Une année du blé, puis de la betterave, ensuite du colza, des pommes de terre, du triticale, des haricots, de l’orge. Ce rythme casse les habitudes des nuisibles. C’est un peu comme changer les serrures avant qu’un intrus ne trouve la clé.

Ils utilisent aussi des bandes fleuries en bordure des parcelles. Ces zones attirent coccinelles, guêpes et autres auxiliaires. Ces petits alliés ne font pas de bruit, mais ils travaillent vite. Ils aident à limiter les pucerons et d’autres ravageurs avant que la situation n’échappe au contrôle.

Contre les mauvaises herbes, les équipes misent sur le faux-semis et le désherbage mécanique. Le faux-semis consiste à préparer le sol pour faire germer les graines déjà présentes, puis à les détruire avant la culture. Ensuite, la houe rotative et la bineuse viennent gratter ou couper les adventices. C’est plus ancien qu’on ne le croit. Et souvent plus rusé qu’il n’y paraît.

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Des outils anciens, mais toujours redoutables

Le spectacle d’une bineuse en action est parlant. Elle passe entre les rangs, tranche les jeunes herbes et remet la terre en mouvement. La houe rotative, elle, éjecte les adventices en surface. Exposées au soleil, elles sèchent plus vite. Le geste est simple. L’effet peut être puissant.

Bien sûr, ces techniques demandent du timing. Il faut du temps sec, du soleil et une bonne fenêtre d’intervention. Si la pluie s’invite, tout se complique. Voilà la vraie différence avec les herbicides. Les alternatives demandent plus d’observation, plus de passages, plus de précision.

Et pourtant, sur le site d’Estrées-Mons, les résultats sont solides. En moyenne, les rendements atteignent 85 % des systèmes conventionnels. Pour la betterave sucrière, la moyenne est même montée à 96 % entre 2013 et 2025, avec de fortes variations selon les années. Certaines campagnes dépassent les attentes. D’autres rappellent que la nature garde toujours son mot à dire.

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Pourquoi tout ne marche pas partout de la même façon

Les chercheurs le disent clairement : ils n’ont pas inventé une solution magique. Et c’est sans doute ce qui rend leur travail crédible. Sans pesticides, le système devient plus sensible aux aléas. Une météo capricieuse, une infestation localisée, une mauvaise fenêtre d’intervention, et le résultat change vite.

Les plantes vivaces comme les chardons posent aussi problème. Elles résistent mieux et demandent des réponses plus lourdes. Dans certaines parcelles, cela a créé de vraies impasses techniques. Il faut donc accepter une réalité simple : le zéro pesticide ne se décrète pas, il se construit.

Autre limite importante, la variété choisie compte énormément. À Estrées-Mons, une pomme de terre plus résistante aux maladies a permis d’éviter une quinzaine de traitements. Mais elle ne correspond pas toujours aux attentes des filières locales. C’est là que le débat devient plus large que la seule agriculture.

Changer les champs, mais aussi tout le système autour

Le message des scientifiques est clair : la transition ne dépend pas seulement des agriculteurs. Elle dépend aussi des coopératives, des industriels, des marchés et des cahiers des charges. Si une filière exige toujours les mêmes variétés, les mêmes calibres et les mêmes volumes, le changement avance moins vite.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement dans le champ. Il est aussi dans ce qui vient après la récolte. Le tri, la transformation, la commercialisation. Tout cela compte. Et cela explique pourquoi une innovation qui fonctionne techniquement peut mettre des années à entrer dans la pratique.

Des organismes comme Agro-Transfert le rappellent souvent. Sur le papier, cela tient. Dans une exploitation réelle, il faut absorber les risques, protéger le revenu et garder une activité stable. Sans filet de sécurité, beaucoup d’agriculteurs hésitent. On les comprend.

Une troisième voie entre bio et conventionnel

Ce projet ne cherche pas à opposer les modèles. Il ouvre une autre piste. Pas le tout-pesticide par idéologie. Pas le tout-herbicide par habitude. Une troisième voie, plus fine, plus exigeante, mais peut-être plus réaliste pour certaines cultures.

Les scientifiques espèrent même voir apparaître un label « zéro phytos ». L’idée serait de mieux valoriser ces efforts et de financer la transition. Ce serait aussi un signal fort pour le grand public. Car derrière ces champs, il y a une question très simple : jusqu’où peut-on produire autrement sans renoncer à nourrir tout le monde ?

La réponse n’est pas totalement écrite. Mais une chose est déjà sûre. Dans la Somme, des parcelles montrent que l’on peut semer des alternatives. Et parfois, c’est au milieu d’un champ de betteraves que l’avenir commence à se dessiner.

Pauline Roussel
Pauline Roussel

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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