Le biocontrôle avance, mais il n’a pas encore dit son dernier mot. En fruits et légumes, les solutions existent déjà, pourtant une vraie marge de progrès reste devant nous. Et c’est justement là que les choses deviennent intéressantes.
Un biocontrôle déjà bien installé, mais pas partout de la même façon
En arboriculture et en maraîchage, le biocontrôle n’est plus une curiosité. Il fait déjà partie du quotidien de nombreux producteurs. Dans certaines exploitations, il complète même les stratégies classiques depuis plusieurs campagnes.
Pourquoi cette adoption plus rapide ? Parce que les cultures de fruits et légumes se prêtent mieux à ces solutions. Les surfaces sont souvent plus petites. Les cultures sont parfois sous abri. Et la valeur des productions permet aussi d’accepter des méthodes plus techniques, à condition qu’elles tiennent la route.
En maraîchage, pratiquement tous les producteurs utilisent au moins un produit de biocontrôle dans leurs itinéraires techniques. En arboriculture, rares sont les systèmes qui n’en utilisent pas aujourd’hui. Ce n’est pas anodin. Cela montre que la transition est déjà engagée, même si elle reste incomplète.
Des outils variés, mais pas toujours simples à utiliser
Le grand avantage du biocontrôle, c’est sa diversité. Huiles, acides gras, argile, sucres, bactéries, nématodes, champignons entomopathogènes. La palette est large contre les ravageurs. Pour les maladies, on retrouve aussi des phosphonates, des bicarbonates de potassium, des champignons, des bactéries et du soufre.
Mais cette richesse a un revers. Tous ces produits ne se valent pas en efficacité. Certains fonctionnent très bien dans de bonnes conditions. D’autres sont plus irréguliers. Et c’est souvent là que la déception arrive.
Le biocontrôle demande souvent plus de technicité. Les conditions d’application comptent énormément. Il faut parfois multiplier les passages. Il faut aussi viser le bon moment, au bon stade, avec le bon matériel. Sur une exploitation diversifiée avec 30 légumes, cela peut vite devenir un casse-tête.
Le vrai sujet, c’est le bon positionnement
Le problème n’est pas seulement de disposer d’une solution. Le vrai enjeu, c’est de savoir quand et comment l’utiliser. C’est encore plus vrai pour les ravageurs difficiles à maîtriser.
En cultures légumières de plein champ, certaines situations restent très compliquées. Les punaises en font partie. Aujourd’hui, aucune solution de biocontrôle n’existe pour elles dans ce contexte. Les essais continuent donc, avec l’espoir de trouver un levier utile dans les prochaines années.
En arboriculture, la question est similaire, mais avec un exemple très concret. Le puceron cendré est devenu un gros sujet pour les pommiculteurs depuis le retrait des néonicotinoïdes puis du Movento. Là encore, le biocontrôle peut aider. Mais il faut le placer au bon moment dans la stratégie globale.
Quand la stratégie d’automne change la suite de la saison
Les essais menés dans le cadre du PAUPFL montrent une piste intéressante. Une stratégie d’automne peut réduire les infestations au printemps suivant. C’est un résultat important, car il montre que le biocontrôle ne sert pas seulement à réagir. Il peut aussi préparer la saison suivante.
Pour autant, cette approche ne suffit pas seule face aux programmes conventionnels. Elle améliore la situation, mais ne remplace pas encore totalement les références actuelles. C’est là que la prudence reste nécessaire.
Chez les producteurs, les échecs rapportés ne manquent pas. Et ce n’est pas forcément parce que la solution est mauvaise. Souvent, il s’agit d’un mauvais timing, d’une pression trop forte, ou d’un contexte climatique défavorable. Le biocontrôle laisse peu de marge d’erreur. Cela demande une vraie précision.
Des essais pour rendre les solutions plus efficaces
Les chercheurs ne restent pas les bras croisés. Plusieurs projets sont en cours, en légumes comme en fruits. L’objectif est clair : rendre les solutions plus fiables, plus régulières, plus simples à intégrer.
Un exemple parlant concerne le chou de plein champ. Des essais vont être mis en place avec des systèmes de bassinage, c’est-à-dire une aspersion des feuilles. Le but est de créer des conditions d’humidité favorables à un champignon entomopathogène. Autrement dit, on ne change pas seulement le produit. On travaille aussi son environnement pour mieux le faire agir.
Cette logique est très intéressante. Elle montre que le biocontrôle ne se résume pas à une liste de produits. C’est une stratégie. Une manière de combiner observation, météo, pression des bioagresseurs et gestes techniques.
Pourquoi la marge de progrès reste réelle
La marge de progrès est encore grande pour une raison simple. Les solutions existent, mais elles sont encore trop inégales selon les cultures et les contextes. En fruits et légumes, les conditions sont favorables à leur développement, mais il reste beaucoup à fiabiliser.
Il faut aussi mieux adapter les itinéraires techniques. Un produit qui marche bien sur une exploitation sous abri peut donner un résultat très différent en plein champ. Une stratégie efficace sur une culture spécialisée peut devenir complexe dans un système très diversifié. C’est là que l’accompagnement technique prend toute son importance.
Le biocontrôle progresse donc à deux vitesses. D’un côté, il est déjà largement adopté dans certaines filières. De l’autre, il a encore besoin de preuves, de réglages et de simplification. Et c’est sans doute ce mélange de maturité et d’incertitude qui le rend si stratégique aujourd’hui.
Ce qu’il faut retenir pour les producteurs
Le message est finalement assez clair. Le biocontrôle n’est plus une solution de niche en fruits et légumes. Il est déjà bien présent. Mais il demande de la précision, de l’anticipation et souvent plusieurs essais avant d’être parfaitement maîtrisé.
Pour les producteurs, cela veut dire une chose simple : il ne faut pas attendre une solution miracle. Il faut construire des stratégies solides, tester, observer, ajuster. C’est plus exigeant, oui. Mais c’est aussi ce qui ouvre la voie à des systèmes plus résilients.
Et si la vraie révolution n’était pas dans un seul produit, mais dans la façon de penser la protection des cultures ? La question mérite d’être posée.






