Maroc : derrière la CAN, l’extermination des chiens errants s’accélère à cinq ans du Mondial

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À quelques années du Mondial, une autre course s’accélère au Maroc. Elle se joue loin des stades, dans les rues, les terrains vagues et les quartiers où des chiens errants disparaissent du jour au lendemain. Le contraste choque. D’un côté, on promet une image moderne et accueillante. De l’autre, des associations dénoncent des abattages et des pratiques brutales qui continuent, selon elles, à faire des milliers de victimes.

Une image de fête qui cache une réalité sombre

La Coupe d’Afrique des nations a déjà servi de vitrine. Le Mondial 2030, coorganisé avec l’Espagne et le Portugal, pousse encore plus loin cette logique. Pour beaucoup d’acteurs de la protection animale, le problème est simple : les chiens errants sont vus comme un obstacle à l’image du pays, pas comme un enjeu de santé publique à traiter avec méthode.

Le sujet devient explosif, car il touche à la fois à la peur, à l’émotion et à la politique. Dans plusieurs villes, des habitants disent voir des chiens empoisonnés, abattus ou simplement enlevés sans trace. Les chiffres exacts restent difficiles à vérifier, mais les signalements se multiplient et les vidéos circulent vite sur les réseaux.

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Pourquoi autant de chiens errants au Maroc ?

Pour comprendre cette crise, il faut revenir à la source. Les associations expliquent que les abandons sont nombreux depuis des années. À cela s’ajoute un manque de stérilisation à grande échelle. Résultat : les chiens se reproduisent, les groupes grossissent et la tension augmente dans les zones urbaines.

Ahmed Tazi, président de l’ADAN, insiste sur un point simple. Tuer les animaux ne règle rien sur la durée. Selon lui, il faut au contraire capturer, stériliser, vacciner puis relâcher les chiens dans leur zone d’origine. Cette méthode, connue sous le sigle TNVR, est souvent présentée comme la seule solution durable.

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TNVR : une solution connue, mais peu appliquée

Le sigle TNVR signifie trap, neuter, vaccinate, return. En français, cela veut dire capturer, stériliser, vacciner, relâcher. Sur le papier, la méthode paraît logique. Elle réduit les naissances, limite les risques sanitaires et évite les cycles de violence.

Le Maroc a signé en 2019 une convention nationale censée encadrer cette stratégie. Mais sur le terrain, les associations disent que le texte est très peu respecté. Elles parlent d’un grand écart entre les annonces officielles et la réalité vécue par les bénévoles.

Des dispensaires modernes, mais des doutes persistants

Le pays met en avant plusieurs dispensaires vétérinaires régionaux. Le centre d’Al-Arjate, près de Salé, a par exemple été présenté comme une pièce maîtresse du dispositif. Pourtant, ce lieu a aussi été au cœur d’une vive polémique après la diffusion d’images choquantes montrant des chiens enfermés, affamés et parfois morts dans les cages.

Depuis, les autorités et certains responsables défendent l’idée d’un changement réel. Ils affirment que les pratiques du passé appartiennent à une autre époque. Mais pour les défenseurs des animaux, le problème est ailleurs. Ils demandent des contrôles, de la transparence et des actes concrets, pas seulement des promesses.

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Entre peur des morsures et violence quotidienne

Le débat est aussi nourri par la peur des attaques. Au Maroc, des morsures et griffures de chiens errants sont signalées chaque année. Des cas de rage mortelle existent encore. Pour certains habitants, cela suffit à justifier des mesures dures. Pour d’autres, cette peur entretient surtout un climat de violence contre les animaux.

Ikram, bénévole à Casablanca, raconte une autre réalité. Elle dit voir des chiens frappés, caillassés, rejetés dès leur apparition dans un quartier. Selon elle, les enfants grandissent avec cette agressivité et la reproduisent ensuite. Son témoignage rappelle une chose importante : la manière dont une société traite les animaux dit souvent beaucoup de son rapport à la peur, à la compassion et à la loi.

Une loi qui inquiète les associations

Le projet de loi 19.25 a encore enflammé le débat. Présenté comme un texte destiné à mieux protéger les animaux errants, il a été critiqué par plusieurs associations. La raison principale tient à une disposition qui interdit à toute personne de nourrir, héberger ou soigner un animal errant.

Pour les défenseurs des animaux, cette mesure est incompréhensible. Comment protéger un animal tout en punissant ceux qui lui donnent de l’eau ou un peu de nourriture ? Les amendes prévues, pouvant aller jusqu’à 3000 dirhams, renforcent encore l’inquiétude.

Ce que demandent les défenseurs des animaux

Les associations ne demandent pas l’inaction. Elles demandent une stratégie claire, humaine et durable. Elles veulent des campagnes de stérilisation, des vaccins, des centres contrôlés et des partenariats avec les communes. Elles réclament aussi des chiffres publics, des audits et une vraie application de la loi.

Leur message est simple. Un pays ne gagne rien à cacher ses problèmes sous le tapis. Au contraire, il se grandit en les traitant avec sérieux. Si le Maroc veut construire une image forte à l’approche du Mondial, la question des chiens errants ne peut pas rester un angle mort.

Un enjeu bien plus large qu’un simple dossier animalier

Derrière cette affaire, il y a plus qu’un conflit entre militants et autorités. Il y a une question de santé publique, d’éthique et de responsabilité. Il y a aussi une interrogation très concrète : veut-on régler un problème par la force ou par la prévention ?

Le débat est sensible, parfois violent, souvent mal compris. Mais une chose ressort avec force : tant que les solutions de long terme ne seront pas appliquées sérieusement, les chiens errants continueront d’être au centre d’une crise qui dépasse largement les trottoirs. Et à l’approche du Mondial, cette réalité risque de devenir impossible à ignorer.

Pauline Roussel
Pauline Roussel

Je suis Pauline Roussel, journaliste culinaire et consultante en arts de la table depuis plus de quinze ans. Diplomee en management de l’hotellerie-restauration a l’Institut Paul Bocuse et ancienne critique gastronomique pour un guide regional Gault&Millau, j’ai explore cuisines de terroir et tables etoilees. Mon travail m’a menee des bistrots parisiens aux auberges familiales italiennes, avec une attention particuliere pour le lien entre gastronomie, voyage et art de recevoir a la maison. Je partage ici mes experiences concretes, mes methodes d’organisation et mes adresses preferees pour aider chacun a cuisiner mieux et accueillir avec confiance.

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