Dans le Finistère, la rhubarbe a tout pour séduire. Pourtant, derrière ses belles tiges rouges, une difficulté domine très vite les autres : l’enherbement. C’est lui qui décide souvent du temps passé dans la parcelle, du niveau d’effort et, au bout du compte, de la rentabilité.
Une culture qui séduit, mais qui demande de la patience
Depuis 2017, Catherine Mingam a fait entrer la rhubarbe dans sa rotation à Carantec. Ce n’est pas un pari anodin. Sur ses vingt hectares de légumes, elle cherche à diversifier ses productions et à sortir un peu de la dépendance à l’artichaut, devenu plus compliqué à valoriser.
La rhubarbe s’est imposée parce qu’elle aime les sols profonds et le climat océanique tempéré de la Bretagne. Sur le papier, tout semble simple. En réalité, cette culture demande une vraie rigueur. Et surtout, elle ne pardonne pas le laisser-aller sur les mauvaises herbes.
Pourquoi l’enherbement pose autant de problèmes
La rhubarbe se développe lentement au départ. Elle laisse donc de la place aux adventices, qui profitent vite du moindre espace libre. Une fois installées, elles concurrencent la culture pour l’eau, la lumière et les nutriments.
C’est là que le problème devient concret. Sur une parcelle mal tenue, les plants respirent moins bien. Le travail manuel augmente. Et la parcelle perd en efficacité, parfois dès les premières semaines.
Chez Catherine Mingam, le choix du sol nu a fini par s’imposer. Le paillage plastique n’a pas donné les résultats attendus. Les adventices restaient difficiles à maîtriser. Le carré d’un mètre sur un mètre permet aujourd’hui un suivi plus précis, mais il demande de l’attention presque en continu.
Le désherbage, cœur du travail au quotidien
Dans cette culture, le désherbage mécanique reste le réflexe principal. Tant que les feuilles ne sont pas trop développées, les plants sont binés dans les deux sens, environ tous les quinze jours. Cela paraît simple. En fait, c’est un rythme soutenu qui réclame une présence régulière.
Quand cela ne suffit pas, le désherbage manuel prend le relais. C’est long, c’est précis, et c’est souvent là que se joue la réussite de la parcelle. La comparaison avec l’artichaut est parlante. En temps d’entretien, un hectare de rhubarbe équivaut à cinq hectares d’artichauts.
Ce chiffre dit beaucoup de choses. La rhubarbe est moins physique à récolter, mais elle demande une surveillance constante. Sans cela, l’enherbement prend vite le dessus, et la parcelle perd son équilibre.
Une culture rustique, mais pas invincible
La rhubarbe a aussi de vrais atouts. Elle est assez rustique et ne présente pas de grandes maladies connues sur le terrain. Cela rassure. Mais elle reste sensible à plusieurs petites menaces du quotidien, comme les rongeurs, les limaces ou les pucerons.
Le point fort, ici, c’est que la culture se conduit sans pesticides. Pour beaucoup de maraîchers, c’est un argument fort. Mais cela veut dire aussi qu’il faut observer, intervenir vite et accepter de passer du temps dans les rangs.
La plantation elle-même n’est pas mécanisable. Les éclats sont hétérogènes, donc tout se fait à la main. Il faut environ 200 heures par hectare rien que pour la mise en place. Le reste du temps, la parcelle continue de demander de l’attention, saison après saison.
La récolte, un moment court mais intense
La récolte commence dès que les tiges atteignent les bonnes dimensions. Le cahier des charges Prince de Bretagne demande des tiges de 2,5 centimètres de large et de 40 à 55 centimètres de long. Les premiers jours comptent énormément.
De début mai à fin juin, la récolte a lieu chaque matin. Quatre à sept personnes peuvent être mobilisées selon les volumes. Les tiges sont arrachées à la main, égalisées au couteau, puis mises en caisse. Comme la rhubarbe se dessèche vite, tout doit aller rapidement.
Ensuite, le conditionnement prend le relais. Une partie est vendue en botte d’un kilo. Le reste part en vrac. Ce travail de tri et de préparation ajoute encore du temps, surtout quand il faut sortir des bottes soignées pour la vente.
Une rentabilité possible, mais sous conditions
Sur le plan économique, la rhubarbe peut être intéressante. Le prix au producteur se situe entre 1,50 et 1,80 euro le kilo. En magasin, elle peut atteindre 3 à 4 euros le kilo. Mais l’équation ne se limite pas au prix de vente.
L’investissement initial varie de 6 000 à 10 000 euros par hectare pour une durée de cinq à sept ans. Il faut aussi accepter une parcelle sans chiffre d’affaires la première année. C’est un vrai cap à passer pour un exploitant.
Le rendement final dépend beaucoup du climat. En année normale, Catherine Mingam récolte entre 15 et 20 tonnes par hectare. Mais le vent, l’excès d’eau ou le froid peuvent réduire fortement la production. En 2022-2023, ces conditions ont divisé la récolte par deux.
Une filière encore en développement en Bretagne
En Bretagne, la rhubarbe reste une culture de niche, mais elle progresse. Vingt maraîchers en produisent aujourd’hui 12 hectares dans le Finistère et les Côtes-d’Armor. La production a commencé en 2011 chez Prince de Bretagne, et les volumes continuent de monter.
En 2025, 150 tonnes ont été commercialisées en frais, plus 30 tonnes en transformation. Pour 2026, l’objectif grimpe à 250 tonnes. Le principal débouché reste la grande distribution, mais la transformation prend aussi de l’ampleur.
Ce développement n’a rien d’anecdotique. Il montre que la rhubarbe trouve peu à peu sa place. Et dans cette montée en puissance, la maîtrise de l’enherbement restera sans doute la clé. Sans elle, tout le reste devient plus fragile.
Un légume simple en apparence, mais exigeant en vrai
La rhubarbe donne une image douce. Une tarte, une compote, un goût acidulé qui rappelle les beaux jours. Pourtant, avant d’arriver dans l’assiette, elle demande de la méthode, du temps et des bras.
C’est peut-être ce qui la rend intéressante aujourd’hui. Elle offre une diversification utile, un marché encore porteur et une culture adaptée au climat breton. Mais elle rappelle aussi une vérité agricole très simple : une parcelle propre vaut souvent bien plus qu’un bon discours.
Dans le Finistère, la rhubarbe avance donc pas à pas. Avec de la patience, du suivi et beaucoup d’attention aux herbes concurrentes. C’est là que tout se joue.






